Boké: Corruption, impunité, poussière… la jeunesse se révolte !

”Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets” a-t-on l’habitude de dire. Les évènements enregistrés actuellement à Boké illustrent parfaitement bien ce dicton vieux comme le monde.

Ces incidents qui secouent la ville minière du Kakandé depuis le début du mois sont la conséquence du mensonge d’Etat érigé en système de gouvernance. Sur fond de corruption et d’impunité institutionnalisées par le RPG arc-en-ciel. Rendant ainsi les inégalités encore plus difficile à supporter pour les populations exclues des préoccupations d’un président incompétent et d’un gouvernement occupé à se remplir les poches et l’enrichissement d’un clan formé autour du Chef de l’état.

Conséquences, à Boké, le chômage des jeunes, l’absence des services sociaux de base (eau potable, électricité) sont légion. Pendant que les recettes fiscales sont détournées pour le compte des plus hauts placés de l’administration. Au mépris des besoins des populations et des promesses faites en campagnes électorales.

Des discours sans lendemain dont la parfaite illustration reste les nombreux chantiers ouverts en fanfare par le régime Condé et qui sont toujours en chantier. Depuis 2010, aucun projet n’a véritablement abouti. Les chantiers de la fête tournante de l’indépendance ne sont pas encore totalement livrés plus de 6 ans après. Pendant ce temps, les impacts négatifs de l’exploitation minière frappent de plein fouet la ville de Boké, son environnement, sa santé, son écosystème. Les populations attendent toujours dividendes d’une exploitation minière subitement accrue sans résultats tangibles.

La corruption et le favoritisme politico-ethnique qui touchent le marché de l’emploi local fait que la jeunesse de Boké est exclue. «Si tu veux trouver un boulot, il faut militer au RPG arc-en-ciel, ou payer de l’argent ou encore être bien introduit par les pontes de la majorité», dit-on dans la cité minière.

C’est donc tout naturellement que ces évènements suffisamment prévisibles arrivent. Comme pour dire que le pouvoir aurait dû écouter l’opposition guinéenne qui n’a eu de cesse de dénoncer ces pratiques de corruption et de détournement ayant conduit à l’explosion de la situation sociale.

Sans oublier le tableau plus que sombre de l’économie guinéenne que le pouvoir en place a de plus en plus du mal à relancer en cause le favoritisme et les marchés de gré à gré. Malgré les opportunités, le chômage dépasse les 55% des jeunes diplômés au niveau national et atteint les 70% dans les régions minières. Des taux encore plus élevés dans l’intérieur du pays hors zones minières.

Il est désormais évident pour tous les guinéens que le gouvernement n’a ni vision, ni programme pour sortir la jeunesse de la misère et de la précarité.

Les risques d’une contagion vers Dinguiraye, Kérouané, Mandiana, Siguiri, Kouroussa, Lola etc. ne sont pas à exclure. Les guinéens deviennent exigeants et ne veulent plus observer passifs le pillage de leurs ressources naturelles.

À Boké comme ailleurs auparavant, les populations finissent par sortir de leurs réserves. Elles réclament à présent des résultats concrets aux autorités qui font mine de rechercher des solutions alors qu’en réalité elles ne font que diversion pour gagner du temps et retourner dans leur malhonnêteté.

La jeunesse de Boké vient d’ouvrir le bal des revendications parce qu’elle en n’a assez de cette vie de galère, de regarder passer les trains chargés de leur richesse. Il est temps, pour Alpha Condé, son gouvernement et les acteurs économiques, de définir pour eux de programmes d’insertion professionnelle véritable dans un environnement qui donne aux populations les dividendes des recettes perçues par l’Etat.

Alpha Condé et son gouvernement se trompent s’ils croient que cette expression de ras-le-bol largement soutenue par les guinéens doit être punie, emprisonnée ou “assassinée”. Il ne faut pas écouter les businessmen des crises et autres va t-en guerre du RPG arc-en-ciel. Il faut plutôt l’écouter la colère qui monte et l’intégrer dans vos préoccupations urgentes au risque de faire à des révoltes généralisées.

Merci à cette jeunesse qui rappelle aux dirigeants qu’une promesse électorale est un engagement politique qui a des conséquences.

OUSMANE GAOUAL DIALLO

Député à l’assemblée nationale

Communales, la parfaite synchronisation de la ceni et L’État.

Une session extraordinaire pour Dian-Dian

Cette session extraordinaire consacrée à la loi des finances rectificatives n’avait que deux objectifs: – donner un quitus à la kleptocratie nationale d’aller brader nos ressources et reporter les élections communales.

Alpha s’apprête à joindre la Russie et n’a rien dans sa corbeille que d’offrir un rabais sur des engagements non effectués sur le projet Dian-Dian.

Pour le reste il fallait trouver un moyen plus subtil d’annoncer le report des élections communales sans qu’un responsable ne soit identifié. Alors le Chef de l’état et la ceni ont chacun assumer une part de responsabilité dans la supercherie qui a abouti au report de fait des élections communales attendues depuis 2005. La CENI agit sur le calendrier et le gouvernement sur le « budget disponible mais non mobilisable » selon le gouvernement.

Tout ceci montre la parfaite synchronisation entre une CENI décriée et un gouvernement qui n’a pas la bonne fois.

L’opposition guinéenne doit de ce fait renoncer à l’organisation des élections mettre en exécution une démarche devant conduire au départ inconditionnel d’Alpha Condé de la gouvernance de ce pays par tous les moyens et le plus rapidement que possible.

Parce que au final tout le monde aura compris que cet homme est imperméable à la démocratie, au respect des accords politiques et à la bonne gouvernance. Il faut donc clairement que l’opposition mette son départ sur la table. Parce que son parjure répété est manifeste et la voie parlementaire est bloquée. Il n’y a pas d’autres possibilités que la révolte populaire. Les populations sont prêtes, Boké nous montre le chemin.

BOKÉ, une révolte légitime !

La situation que traverse la ville de Boké ces derniers temps est préoccupante et nous indigne. Cette ville minière est devenue un foyer de tension où le plus souvent des jeunes en colère ne cessent de réclamer un minimum disponible mais accaparé par une élite irresponsable. Réclamer de l’électricité, de l’emploi à ceux qui gouvernent ne devrait pas conduire à la mort et à la brutalité de l’état. Nous devons pas accepter que soit banaliser le fait de tuer pour ceux qui doivent en principe protéger nos vies.

Ce qui se passe à Boké est inacceptable mais pas étonnant car reflète la gouvernance que le RPG et son président imposent aux laborieuses populations guinéennes depuis 2010.

Boké est aujourd’hui le résumé de ce qu’est la guinée sous Alpha Condé, une ville qui a un potentiel assez important mais qui subit la prévarication de ces ressources naturelles par une petite élite corrompue regroupée au tour du chef de l’État et de son clan familial.

L’amertume et la révolte qui animent les jeunes et les femmes de Boké méritent notre soutien et notre participation.

Je soutiens la révolte

C’est pour cette raison que j’espère une contagion de cette amertume et de cette révolte à toute la jeunesse guinéenne, à tout le peuple de guinée. Quand on voit les crevasses de l’exploitation sauvage des Miniers à Siguiri, et Kouroussa, l’exploitation abusives des forêts en guinée forestière, la situation de notre pays ne peut que nous révolter.

Le manque d’électricité, de routes, d’infrastructures scolaires et sanitaires, la corruption généralisée et l’impunité entretenue, suffisent pour souhaiter franchement que la jeunesse Guinéenne s’assume et qu’elle se révolte partout pour exiger de ceux qui gouvernent un peu de progrès et de développement, qu’elle exige, les besoins de base à satisfaire pour une population depuis très longtemps priver des dividendes de son potentiel économique.

Les populations de Boké ont montré la voie l’État est la cible de la révolte.

Combattre l’ethnocentrisme

L’ethnocentrisme est une donnée qui a été introduite par les colons qui ont classé les guinéens selon leur langue. Et la pseudo-révolution l’a instaurée dans la gouvernance que le RPG perpétue.

Sous le régime colonial, l’appartenance ethnique devient une caractéristique jugée immuable, devant s’accompagner d’un traitement idoine. Ainsi, certaines ethnies sont alors considérées comme autochtones, et d’autres non. Certains hommes sont recrutés dans l’armée alors que d’autres, en sont très souvent exclus ou sous recrutés

Le découpage est aussi géographique. On parle alors des régions naturelles en Guinée 🇬🇳.

Cette stratification géolinguistique est encore un facteur de division et de clivage qui focalise l’attention et empêche l’unité nationale.

Malheureusement, nous avons échoué à édifier une nation, et nous n’avons pas su surmonter l’héritage colonial.

Notre principal défi aujourd’hui réside dans notre capacité à imaginer une identité nationale ouverte à de nombreuses ethnies

ANATOMIE DE LA TERREUR

New Scientist Londres —Peter Byrne

Le fanatisme religieux ou la haine ne suffisent pas à expliquer ce qui pousse certains à rejoindre les rangs d’organisations terroristes. Serait-ce pour venger leur mère ? s’interroge le journal libanais Al-Hayat (lire p. 20). En faisant le tour des études scientifiques sur le terrorisme, le New Scientist en explore les racines (lire ci-dessous). Et tente de comprendre les motivations des djihadistes.

Vera Mironova circule à bord d’un Humvee dans Mossoul dévasté. Nous sommes à la fin du mois de janvier 2017. Le Premier ministre irakien Haïder Al-Abadi vient tout juste de déclarer que la partie est de la ville est libérée, après trois années passées sous le joug de l’État islamique (EI, ou Daech).

L’essentiel de la population s’est regroupé dans des camps de réfugiés dans les faubourgs de la ville. Ceux qui sont encore dans Mossoul ont l’air égarés, abasourdis. Des hommes sortent des cadavres de maisons détruites par les frappes aériennes. D’autres improvisent de petits étals de rue où ils vendent de la viande et des légumes importés d’Erbil, à 80 kilomètres de là – un autre monde.

Les femmes sont rares, et Vera Mironova sort du lot, vêtue d’un pantalon de treillis et d’un sweatshirt siglé Harvard, des mèches de cheveux blonds s’échappant de son bonnet bleu. Si elle se déplace à bord d’un véhicule blindé, elle n’a manifestement rien d’une combattante. Et pour cause : elle est chercheuse en sciences sociales, et son métier n’est pas de se battre, mais d’écouter et de consigner.

Nous nous arrêtons pour petit-déjeuner au My Fair Lady, une gargote où les combattants de Daech aimaient venir manger. Les soldats des forces spéciales irakiennes qui nous accompagnent l’assurent, on y prépare le meilleur pacha de toute la ville – un bouillon fumant à base de cervelle et d’intestins de mouton farcis au riz, de langue bien grasse et d’oranges. Vera Mironova commande une pizza.

Une semaine plus tard, un kamikaze se fera exploser à l’entrée de ce restaurant, à une heure d’affluence, tuant le propriétaire et plusieurs clients.

LE ‘TERRORISTE-NÉ’ N’EXISTE PAS, IL N’Y A QUE DES INDIVIDUS QUI COMMETTENT DES ACTES TERRORISTES.” Mark Sageman, PSYCHIATRE

I

L es États-Unis n’ont pas de vraie stratégie antiterroriste”, lâche Martha Crenshaw. Confrontés à une vague continue d’attentats dans les zones de guerre en Syrie et en Irak, mais aussi sur leur territoire, les pays occidentaux semblent désemparés. Forte de près d’un demi-siècle de recherches sur les racines de ce mal, Martha Crenshaw fait figure de doyenne des études terroristes. “Des sommes d’argent considérables sont injectées dans l’antiterrorisme sans personne pour superviser le tout, assure-t-elle. Nous ne savons même pas à quoi ressemblerait la victoire. Nous jouons un jeu dangereux, façon ‘Tape-taupes’ : les terroristes surgissent n’importe où à l’improviste, et nous essayons de les assommer en espérant qu’ils finiront par capituler.”

En juillet, Haïder Al-Abadi est revenu à Mossoul, cette fois pour déclarer la libération totale de la deuxième ville d’Irak. Les bombardements intensifs du centre-ville par l’US Air Force et une offensive au sol très meurtrière, menée maison par maison par les forces irakiennes, auront éliminé la plupart des combattants qui tenaient cette ville d’où le chef de l’État islamique Abou Bakr Al-Baghdadi avait proclamé le califat en 2014. Mossoul a payé le prix fort pour sa libération. La ville est en ruine, et des dizaines de milliers de civils sont morts ou blessés. Près d’un million de ses habitants ont été déplacés.

Et Mossoul n’est pas la seule ville à avoir payé. En juin, 206 civils sont morts dans des attentats à la bombe et d’autres types d’attaques menées ou inspirées par Daech, en Irak, en Afghanistan, en Syrie, en Égypte, en Iran, en Australie, au Pakistan et au Royaume-Uni, où le 3 juin des sympathisants de l’État islamique ont fait huit morts lors d’un attentat près du London Bridge. Deux semaines plus tôt, le 22 mai, un Britannique de confession musulmane de 22 ans du nom de Salman Ramadan Abedi faisait exploser à l’entrée de la Manchester Arena une bombe artisanale remplie d’écrous et de boulons qui fit 23 victimes, dont l’assaillant et une majorité de jeunes adolescentes. [Après que l’article a été écrit, des attentats à Barcelone et à Cambrils, en Espagne, les 17 et 18 août, ont fait 16 morts.] Pourquoi ? Fanatisme religieux ? Haine irraisonnée ? Idéologie dévoyée ? Pour gagner la guerre contre le terrorisme, nous devons impérativement savoir ce que nous combattons, connaître ceux que nous combattons.

II

Après le petit déjeuner, nous accompagnons des commandos irakiens qui inspectent des maisons qu’utilisait l’EI, redoutant des objets piégés. Nos regards plongent dans les ténèbres de ces pièces aux fenêtres fermées de barreaux d’acier, où étaient emprisonnés esclaves sexuelles et kouffar [pluriel de kafir], musulmans “impies” considérés comme des traîtres par les djihadistes. Nos yeux déchiffrent des étiquettes de vieilles boîtes de conserve, d’emballages de gâteaux déchirés, de bouteilles de whisky vides.

Les soldats ramassent des photos, des laissez-passer et des morceaux de papier sur lesquels figurent des noms et des numéros de téléphone. Vera Mironova empoche des tracts rédigés en arabe et en russe. Parmi les étrangers

16 ← combattant en Irak et en Syrie pour Daech, les Tchétchènes et les Tadjiks sont nombreux. Quelqu’un tend à la chercheuse un journal écrit en russe. Elle traduit à voix haute une lettre écrite par une femme au djihadiste élu de son cœur : “Nous sommes faits l’un pour l’autre, notre union est bénie du ciel, nous sommes ensemble dans cette vie et dans l’au-delà, inch’Allah. Aujourd’hui tu repars au combat, peut-être ne reviendras-tu pas. Je compterai les jours jusqu’à ce que nous soyons à nouveau réunis, mon Zacharie bien-aimé.À la suite de la lettre, la femme a copié la recette d’un gâteau au miel nécessitant un lait très gras qu’on ne trouve pas en Irak. Les djihadistes aiment les douceurs, eux aussi.

III

Dans les années 1980, Mark Sageman fut agent traitant pour la CIA, chargé de faire le lien avec des cellules de résistance armée à l’occupation soviétique en Afghanistan. Aujourd’hui psychiatre médico-légal spécialisé dans les affaires criminelles et terroristes, il étudie depuis plusieurs décennies ce qui fait un terroriste.

Dans Le Vrai Visage des terroristes [Denoël, 2005], Mark Sageman s’est penché sur les motivations de 172 terroristes djihadistes telles qu’elles ressortaient de leurs dossiers judiciaires. Ses conclusions concordent avec les entretiens de détenus et les recherches en psychologie menés depuis des dizaines d’années : le terrorisme n’est réductible ni à des motivations idéologiques ou religieuses ni à des pathologies psychiatriques individuelles. “Le terrorisme n’est pas un trait de caractère, résume-t-il. Le ‘terroriste-né’ n’existe pas, il n’y a que des individus qui commettent des actes terroristes.

Là est toute la difficulté pour ceux qui tentent d’établir des profils, d’identifier des individus présentant un risque terroriste et de les empêcher de nuire, notamment dans les programmes de prévention de la radicalisation, comme le plan britannique Prevent [lire encadré p. 22]. Une société démocratique ne peut avoir l’œil sur chacun de ses citoyens, et ce qu’elle cherche à repérer peut ne jamais se manifester de façon visible pour elle.

J’ENTENDS PARLER DE FRACTURES FAMILIALES, DE DISCRIMINATIONS À L’EMPLOI, D’ENVIE DE VENGER LA MORT DE MUSULMANS. Andrew Silke, CRIMINOLOGUE

Dans son article “The Causes of Terrorism”, publié en 1981 et qui fait autorité dans le domaine, Martha Crenshaw a résumé un bon siècle d’observations des terroristes et de leurs organisations, des anarchistes russes du xixe siècle aux nationalistes irlandais, israéliens, basques et algériens. Un point commun aux individus coupables de terrorisme saute aux yeux, estimait-elle : leur normalité. En 1963 déjà, dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem, la politologue Hannah Arendt faisait la même remarque sur l’aspect “insignifiant” du responsable de la logistique de la Shoah Adolf Eichmann [le livre a d’ailleurs pour sous-titre Rapport sur la banalité du mal].

Solidarité. Les auteurs d’actes terroristes sont généralement pris dans un réseau de liens de famille et d’amitié assortis d’une solidarité autour d’un petit groupe, qu’il soit tribal, culturel, national, religieux ou politique. Dans l’histoire, c’est lorsqu’un groupe craint d’être anéanti par un autre que sont réunies les conditions préalables au meurtre d’innocents par le terrorisme ou un génocide. Ce sont des gens ordinaires qui sont poussés à “tuer des personnes en fonction de leur appartenance à une catégorie” au motif de leur propre identité collective.

Vu de l’intérieur de ce groupe, cela peut sembler rationnel : les terroristes sont de courageux altruistes qui protègent les leurs contre des éléments étrangers et puissants. Les actes terroristes sont des mises en garde envoyées à l’autre groupe pour appuyer des revendications, par exemple le retrait d’une force d’occupation ou la fin de violations des droits humains et des libertés civiles. Le terrorisme est un outil de relations publiques militarisé au service d’un plus vaste projet : ni profession de foi ni grande idéologie, c’est une stratégie politique.

Mais l’immense majorité des individus partageant le même sentiment d’injustice ou les mêmes objectifs politiques n’a pas la volonté de tuer et de mutiler des innocents. Andrew Silke, criminologue à l’université d’East London, s’est entretenu avec de nombreux djihadistes emprisonnés au Royaume-Uni. “Quand je leur demande pourquoi ils se sont engagés, la réponse première est toujours l’idéologie. Mais si je les invite à parler de la manière dont ils se sont engagés, j’entends parler de fractures familiales, d’événements à l’école ou dans leur vie personnelle, de discriminations à l’emploi, d’envie de venger la mort de trop nombreux musulmans.” Cette vision des choses n’a cependant pas bonne presse dans les agences de lutte antiterroriste. “Les pouvoirs publics n’aiment pas s’entendre dire qu’un individu est devenu djihadiste parce que ses frères se sont fait passer à tabac par la police, ou parce que des bombardements ont tué des civils à Mossoul, souligne le criminologue. Selon l’idée dominante, si nous nous attachons à vaincre l’idéologie radicale des islamistes – on ne sait comment d’ailleurs –, nous pouvons tranquillement fermer les yeux sur tout cet embrouillamini psychosociologique.”

IV

Diplômée de mathématiques, Vera Mironova a aussi été formée à la théorie des jeux et à l’économie comportementale. Professeur à la Kennedy School de Harvard, elle est l’une des rares à s’aventurer en zone de combat pour mieux se pencher sur les racines du terrorisme djihadiste.

Lors de ses séjours prolongés en Syrie, en Irak et au Yémen ces cinq dernières années, Vera Mironova a réussi à gagner la confiance de ses sujets d’étude. Ses réseaux vont des djihadistes les plus “radicaux” aux “modérés”, de membres de Daech à des déserteurs. Grâce à un laissez-passer de l’armée irakienne, elle franchit facilement les check-points congestionnés autour de Mossoul.

Elle reste proche de ses protecteurs et prend garde à ne pas franchir la ligne qui sépare la recherche universitaire de l’espionnage.

En s’intéressant au point de vue des combattants, Vera Mironova essaie de modéliser leurs mobiles et de comprendre comment leurs motivations individuelles affectent les comportements du groupe et vice versa. Elle lit l’arabe mais elle emploie des traducteurs locaux sur le terrain et mène ses entretiens avec des combattants et des civils dans les hôpitaux, les camps de réfugiés et sur la ligne de front, en face à face ou via Skype.

L’Irak est principalement chiite mais Mossoul est sunnite ; Daech pratique une tradition millénariste de l’islam sunnite dans une région ravagée socialement et économiquement. La plupart des civils habitant les zones qui sont sous son emprise collaborent, volontairement ou non, avec Daech. Certains doivent partager leur maison avec des combattants. Ils travaillent dans les usines de Daech, où ils construisent des roquettes artisanales, travaillent l’acier pour fabriquer les barreaux des prisons et le blindage des tanks. Certains rejoignent des camps de réfugiés ou des cellules dormantes. D’autres épousent des combattants.

Dans “The Causes of Terrorism”, Martha Crenshaw expliquait que ce sont souvent les enfants des classes sociales privilégiées qui se tournent les premiers vers le terrorisme, espérant ainsi entraîner les masses moins éduquées à approuver un changement radical de l’ordre social. De nombreuses organisations djihadistes sont dirigées par des intellectuels de la bourgeoisie, souvent des ingénieurs. Le chef d’Al-Qaida Ayman Al-Zawahiri est médecin, Abou Bakr Al-Baghdadi était prétendument titulaire d’un doctorat en théologie islamique.

Mais le travail de Vera Mironova et d’autres spécialistes montre que les membres de Daech sur le terrain sont plus terre à terre : il s’agit avant tout de gens déclassés qui peinent à nourrir leur famille en zone de guerre. Les combattants étrangers sont en revanche plus convaincus par l’idéologie, et plus disposés à faire le sacrifice ultime en raison de facteurs qui vont au-delà de la solidarité de groupe [lire l’encadré p. 18].

Certains militants veulent venger leurs proches tués par les frappes de drones américains, les milices chiites ou la police irakienne. Mais comme le laissent penser les esclaves sexuelles et le whisky, les combattants ne cherchent pas uniquement les récompenses de l’au-delà, ni à assouvir leur haine ou leur vengeance. Tout le monde n’est pas prêt à mourir. Les groupes djihadistes en Irak confisquent pétrole et véhicules, qu’ils acheminent ensuite sur les marchés où la demande est très forte – en Syrie par exemple – afin de maximiser les profits. Ils partagent souvent les fruits de ces pillages et de ces transactions commerciales, et les redistribuent.

NOUS NE SAVONS PLUS PENSER DE MANIÈRE SCIENTIFIQUE. NOUS AVONS BESOIN DE COMPRENDRE COMMENT ILS NOUS PERÇOIVENT.

Hriar Cabayan, RESPONSABLE DU SMA

Comme des entreprises. La plupart de leurs recrues sont donc purement des acteurs économiques, alléchés par des offres de salaire très compétitives, une couverture médicale et les compensations payées à leurs familles s’ils sont tués au combat. Vera Mironova a ainsi interrogé un grand nombre de femmes irakiennes qui avaient encouragé leurs maris et leurs fils à rejoindre les rangs de Daech pour obtenir de meilleurs logements pour la famille. Et certaines recrues veulent tout simplement travailler.

En Irak et en Syrie, il y a plus d’un millier de milices – islamistes radicales ou modérées, ou sans motivations religieuses – qui cherchent à recruter des militants. Dans les travaux de modélisation de Vera Mironova, leur comportement apparaît déterminé par les contraintes financières, comme des entreprises capitalistes qui se développent et disparaissent. Et la concurrence est rude pour recruter les meilleurs combattants. Celles qui n’ont pas de gros budgets affichent une ligne religieuse radicale afin de séduire les fanatiques de l’étranger. Ils ne sont pas aussi professionnels que les soldats motivés par l’argent, mais ils sont prêts à travailler en échange du gîte et du couvert. Ces travaux montrent bien que même si le djihadisme violent plonge ses racines dans la ferveur religieuse, il est surtout motivé par des raisons plus prosaïques et pragmatiques – ce qui rend probablement le problème soluble.

V

Q uand Daech est diabolisé par nos dirigeants politiques, notre cerveau est inondé d’hormones qui nous envoient des signaux de danger, explique Hriar Cabayan. Nous ne savons plus penser de manière scientifique. Or nous avons besoin de nous mettre à la place des combattants islamistes afin d’essayer de comprendre comment ils nous perçoivent.” Hriar Cabayan est responsable du programme du Pentagone sur ces questions : le SMA (Strategic Multilayer Assessment [Réflexion stratégique interdisciplinaire]). Son unité antiterroriste s’appuie sur l’expertise d’une équipe de volontaires composée de 300 scientifiques issus du monde universitaire, de l’industrie, des agences de renseignement et des académies militaires. Ils se réunissent physiquement et par vidéoconférences afin de répondre à des questions top secret ou non, soulevées par des acteurs sur le terrain, y compris des forces d’opérations spéciales qui combattent Daech en Syrie et en Irak. Ces réunions donnent lieu à un déferlement régulier de notes de synthèses qui concluent en grande majorité que la stratégie antiterroriste des États-Unis (décapiter les groupes insurgés et

19 ← bombarder des places fortes terroristes) est contre-productive.

Trouver des informations fiables sur les attentats et sur l’efficacité des actions antiterroristes n’est pas chose aisée. La base de données sur le terrorisme mondial, Start, qui se trouve à l’université du Maryland, consigne tous les détails des événements terroristes tels qu’ils ont été rapportés par les médias de langue anglaise. Elle ne s’intéresse pas à l’antiterrorisme. Traiter les données de Start permet d’élaborer des schémas statistiques des attentats, notamment à quelle fréquence certains groupes passent à l’action, le nombre de morts et de blessés et le type de cible et d’armes impliquées. Une autre base de données, de l’université Stanford (Mapping Militant Organizations), qui permet de concevoir des cartes permettant de mieux comprendre l’activité des organisations terroristes ou insurgées, compile elle aussi des données sur le contexte politique qui nourrit le terrorisme mais, comme Start, elle s’appuie également sur la production journalistique de langue anglaise et les publications universitaires sur le sujet.

Manque d’exhaustivité. Aucune de ces bases de données ne prend en compte les actes de terrorisme commis par des États. Le flou demeure sur la frontière entre insurrection, terrorisme et répression d’État. Des offensives contre des soldats peuvent être considérées comme du terrorisme, tandis que des actions policières meurtrières ou des agressions contre des civils à l’initiative d’un gouvernement sont considérées comme des actes de guerre ou comme des dommages collatéraux, et ne sont donc pas prises en compte par les statistiques.

Les données dites sensibles ne sont pas plus exhaustives : environ 80 % des informations classées top secret viennent de sources en accès libre, notamment des médias. Les données brutes qui contredisent les politiques menées ou qui ternissent l’image de l’armée sont souvent minimisées ou laissées de côté. Et il y a la censure. Selon une enquête du Military Times [publiée en février], depuis le 11 septembre 2001 le Pentagone a omis de faire état de près d’un tiers de ses frappes aériennes en Irak, en Syrie et en Afghanistan, soit environ 6 000 opérations depuis 2014.

Alors comment réussir à comprendre les véritables motivations à l’œuvre derrière les événements quand on dispose de sources aussi imparfaites ? Les documents de la NSA [l’Agence de sécurité nationale américaine] rendus publics par Edward Snowden révèlent que l’agence peine à recruter des analystes parlant l’arabe et le pachto et comprenant la culture qu’ils étudient.

Hriar Cabayan ne tarit pas d’éloges sur le style de recherche “audacieux” de Vera Mironova, et les données qu’elle récolte sur le terrain lui paraissent très précieuses. Lors d’une réunion du SMA, en mars, les participants devaient répondre à la question suivante : la défaite de Daech à Mossoul allait-elle entraîner la disparition de toute menace terroriste ? Soixante scientifiques, dont Vera Mironova, ont examiné le problème dans tous les sens. Leur réponse fut non, et sans équivoque. Pour l’instant les événements leur ont donné raison.

Il n’y a pas de solution évidente au problème du terrorisme, explique Hriar Cabayan, parce que ni les terroristes ni ceux qui luttent contre le terrorisme n’agissent de manière complètement rationnelle. “Les mots rationnel et irrationnel n’ont pas de sens, dit-il. Les gens suivent leurs émotions, sans logique. Les sociétés humaines sont des systèmes complexes qui s’adaptent sans cesse, et dont les propriétés sont imprévisibles et toujours renouvelées.” De nombreux faisceaux de preuve montrent que le terrorisme et l’antiterrorisme appartiennent à un seul système et s’alimentent mutuellement ; les actions et les tactiques d’un camp évoluent en fonction des actions de l’autre, comme dans un match de catch. De ce point de vue, il n’y a qu’a posteriori qu’on peut analyser la trajectoire de Daech, qui réagit en fonction des événements.

LES GENS SUIVENT LEURS ÉMOTIONS, SANS LOGIQUE. LES SOCIÉTÉS HUMAINES SONT DES SYSTÈMES COMPLEXES.

Hriar Cabayan, RESPONSABLE DU SMA

C’est une trajectoire volatile. D’après les modèles statistiques construits à partir de la fréquence des attaques terroristes des factions rebelles et du nombre des pertes (connues) en Syrie et en Irak, c’est un combat bien inégal, à la manière de David (les djihadistes) contre Goliath (les armées conventionnelles). Les groupes extrémistes peuvent se dissoudre et se reformer relativement facilement : ce qui ne les tue pas les rend plus forts. Ils ne sont pas dévoués à des chefs charismatiques, mais ce sont des réseaux autogérés qui peuvent opérer indépendamment et qui ne manquent pas de viviers de volontaires.

La nature complexe et en constante évolution de ces groupes montre bien que la démonstration de force en Irak, en Syrie et en Afghanistan ne constitue pas une protection contre le djihadisme. Cette conclusion est confirmée par des études portant sur l’augmentation du contingent de soldats en Irak en 2007 et en Afghanistan en 2012, qui aurait eu pour effet d’augmenter l’activité terroriste.

Conséquences inattendues. Les frappes de drones censées décapiter les cellules terroristes sont elles aussi vouées à l’échec. D’après une étude de 2017 menée par Jennifer Varriale Carson à l’université du centre du Missouri, tuer des chefs djihadistes est “contre-productif si l’objectif premier est de faire baisser le nombre d’actes terroristes perpétrés par le mouvement djihadiste mondial”. En juillet 2016, The Georgetown Public Policy Review a signalé “une hausse statistique significative du nombre d’attentats [au Pakistan] depuis que le programme américain de frappes de drones a décidé de cibler une province en particulier”.

Les frappes de drones répondent à la “loi des conséquences inattendues”, affirme Craig Whiteside de l’École navale de Monterey, en Californie. “Tuer un dirigeant charismatique peut augmenter son aura après sa mort, ou entraîner des divisions qui peuvent favoriser la montée d’un groupe encore plus extrémiste.” Dans son livre le plus récent, Countering terrorism [“Lutter contre le terrorisme”, inédit en français], Martha Crenshaw écrit : “L’engagement militaire occidental a renforcé le discours djihadiste selon lequel les musulmans sont persécutés dans le monde entier. Peut-être a-t-il même renforcé Daech dans sa volonté d’inspirer des actions terroristes plutôt que de les organiser. L’action militaire n’a pas non plus empêché les organisations djihadistes [en Irak et en Afghanistan] de se regrouper, de reprendre des forces et de s’étendre.” La constante évolution du message fait qu’il est difficile de le combattre par les idées. Les réseaux sociaux permettent une diffusion rapide de la propagande à des sympathisants marginalisés en Occident.

Les chercheurs de l’École navale aux États-Unis se sont penchés sur les fils Twitter émanant des repaires de Daech avant et après le début des bombardements américains, à la fin de 2014. Avant cette campagne militaire, la colère exprimée dans les tweets était surtout dirigée contre des ennemis locaux : maires, imams, policiers ou militaires. À partir du moment où les bombes ont commencé à tomber, les tweets se sont retournés contre la communauté internationale, appelant à faire tomber les gouvernements occidentaux et à tuer des civils.

Les trois années suivantes, des combattants de Daech ou des loups solitaires inspirés par la propagande de l’État islamique ont pris des innocents pour cible à Bruxelles, Paris, Orlando, San Bernardino, Nice, Manchester et Londres [ainsi qu’à Barcelone et Cambrils]. Les changements de ton sur les réseaux sociaux reflètent les changements de la politique des djihadistes sur le terrain, en particulier la volonté d’exporter le terrorisme à l’étranger. Selon les mots de la sœur de Salman Ramadan, le terroriste de Manchester : il “a vu les explosifs américains tomber sur les enfants [musulmans] de Syrie, et il a voulu les venger”.

Les groupes terroristes sont rarement vaincus militairement : soit ils finissent par obtenir des solutions politiques, soit ils se délitent parce que leurs revendications ont obtenu gain de cause ou se sont dissipées ou que leurs excès de violence ont détourné d’eux leurs sympathisants. De même, les bombardements de civils par la coalition américaine à Falloudjah et à Mossoul en Irak, et à Raqqa en Syrie, ainsi que les atrocités actuellement commises par les libérateurs irakiens contre les personnes soupçonnées d’appartenir à Daech et leur famille risquent de susciter à nouveau le ressentiment des sunnites.

Selon une méta-étude regroupant des sondages d’opinion réalisés entre 2015 et 2016 et financée par le Pentagone, la “grande majorité” des musulmans en Irak et en Syrie ne soutient pas Daech. Mais ceux qui le soutiennent évoquent plus des doléances sociales, économiques et politiques que des questions religieuses ou idéologiques. Et à Mossoul, selon cette étude, 46 % de la population pensent que la principale menace pour la sécurité de leur famille vient des frappes aériennes de la coalition, et seulement 38 %, de Daech.

Si les infrastructures économiques et sociales de l’Irak continuent à se détériorer, la guerre mondiale contre le terrorisme (qui jusqu’à présent a coûté 4 000 milliards de dollars) est vouée à se poursuivre – et les civils vont continuer d’être pris pour cible dans les pays engagés et en Occident. “La rancœur des sunnites en Irak est compréhensible, poursuit Hriar Cabayan. Ils ont été écartés du gouvernement majoritairement chiite ; ils sont attaqués, personne ne les protège. Nous pouvons et nous devons offrir des portes de sortie aux membres de Daech en déroute – leur offrir la sécurité, des emplois, des droits. Sinon ce qui nous attend après la chute de Mossoul, c’est un Daech 2.0.” Les stratégies contre-productives ne sont pas le seul fait de la coalition. Quand il y a des victimes civiles dans les attentats, l’effet immédiat est de réduire la capacité de la population touchée à percevoir comme valable le message du groupe responsable, tout en renforçant le désir politique d’une riposte militaire. Le commandant de l’US Navy à la retraite Wayne Porter était chef du renseignement naval pour le Moyen-Orient de 2008 à 2011. Il est convaincu que la “seule solution” au terrorisme est de s’attaquer aux racines du mal. “La seule menace existentielle que représentent pour nous les attentats, qu’ils soient réels ou potentiels, c’est que nous continuions à agir de manière contre-productive, avec une organisation anarchique et en dépensant de l’argent sans réfléchir, explique cet homme qui enseigne l’antiterrorisme à des officiers à l’École navale de Monterey. Notre actuelle stratégie antiterroriste, qui n’en est pas une, va détruire nos valeurs démocratiques.” Depuis que Daech a été chassé de l’ouest de Mossoul en juillet, Vera Mironova est de retour sur le terrain pour collecter des données sur le sort des familles accusées de collaboration. Les exécutions sommaires de sunnites par les forces chiites et kurdes sèment la peur et le ressentiment, et ne font que renforcer Daech, qui est loin d’avoir été battu.

“Daech est comme la molécule H2O. Elle peut prendre plusieurs états : glace, eau ou vapeur. À Mossoul, c’était de la glace. Et nous avons réussi à la faire fondre. Mais maintenant que c’est de l’eau, elle se répand dans les campagnes et s’introduit dans les villes. Elle peut se transformer en vapeur et reprendre le combat.”

DAECH EST COMME LA MOLÉCULE H2O. ELLE PEUT PRENDRE PLUSIEURS ÉTATS : GLACE, EAU OU VAPEUR. Vera Mironova, CHERCHEUSE EN SCIENCES

Une bonne nouvelle pour l’Afrique !

On peine encore à le croire. Inattendue et totalement inenvisageable avant le 1er septembre, la décision d’invalidation des résultats de la présidentielle du 8 août par la Cour suprême kényane passe encore pour un rêve. Parce que personne n’était assez fou pour s’imaginer qu’une institution soit aussi naïve pour contrarier un président sortant.

Tout au contraire, en Afrique, les instances chargées de la validation des scrutins avaient tendance à entériner les résultats les plus invraisemblables. En cela, l’exemple gabonais est illustratif [Ali Bongo a été réélu en août 2016, malgré la contestation de l’opposition dénonçant les chiffres de la région d’origine du président : 95,46 % des voix pour 99,83 % de participation].

Décision symbolique. Désormais, il y a une rupture et un précédent. À l’instar de la révolution burkinabée [qui a entraîné la démission de l’ex-président Blaise Compaoré en 2014], du procès symbole d’Hissène Habré [ex-président tchadien, condamné à la perpétuité en 2016 pour crimes contre l’humanité] et de la chute tout aussi surprenante de Yahya Jammeh [ex-chef d’État gambien défait à la présidentielle fin 2016], la courageuse et symbolique décision du juge Maraga, président de la Cour suprême, est un de ces gestes qui, en Afrique, permettent d’espérer, au-delà de toutes les vicissitudes.

Bien entendu, on se garde de toute illusion. La révolution burkinabée n’ayant fait tache d’huile ni au Burundi ni au Congo-Brazzaville, et encore moins au Tchad, on ne s’attend guère à ce que les prochaines élections africaines puissent être systématiquement invalidées. On ne s’attend pas non plus à ce que les scrutins soient un peu plus transparents.

On a conscience que ce qui vient de se passer au Kenya est le fruit d’un processus de maturation interne. À l’insu des autorités, la société civile kényane semble avoir aidé à faire émerger une conscience collective qui s’incarne dans l’attitude du juge Maraga. Il s’agit donc d’un geste dont le mérite revient avant tout au peuple kényan, dans sa totalité.

Par ailleurs, le cran qu’ont montré les juges de la Cour suprême conforte ceux qui pensent que l’Afrique anglophone prend le dessus sur l’Afrique francophone sur bien des principes vertueux.

Pour un continent où les bonnes nouvelles ne se bousculent pas, personne n’a le droit de se priver du plaisir de célébrer un moment aussi historique. D’autant que le premier pas ainsi posé, il n’est pas exclu que d’autres suivent. Dans la mesure où le juge Maraga et ses collègues constituent de facto une référence qui manque tant en Afrique.

Opposition factice. En fait, avec leur courageuse décision, c’est une conception minimaliste de la démocratie africaine qui se trouve battue en brèche. Conception en vertu de laquelle les observateurs de la communauté internationale en particulier intègrent a priori que les irrégularités et la fraude sont partie intégrante des élections en Afrique. Aussi, leurs appréciations sont davantage fonction de l’ampleur des anomalies que de l’existence de celles-ci.

En plus de cette situation s’ajoute la préoccupation relative aux risques d’instabilité pouvant résulter des contestations électorales. Il y a aussi une règle non écrite qui fait que l’arbitrage des contentieux électoraux a toujours tourné en faveur du président sortant, détenteur de la force de répression et des ressources de l’État. D’où l’opposition factice que certains se plaisent à entretenir entre démocratie et paix.

Eh bien, au Kenya, les juges pensent que les deux valeurs ne sont pas antinomiques. Mieux, ils estiment que, en tout état de cause, c’est à des institutions nationales, aussi fortes qu’indépendantes, de décider de la marche à suivre ultime. Et c’est là le message le plus important.

Ledjely.com Conakry —Boubacar Sanso Barry

Gaoual RPG:Cette guerre fratricide qui crée l’ambiance de fin de règne 

C’est une ambiance surréaliste qui attendait les militants du RPG arc-en-ciel de gaoual. L’argent destiné à l’achat des consciences attire des ennuis et provoque le feu qui se repend presque partout dans le RPG arc-en-ciel, au fur et à mesure que les élections communales approchent.

Au lendemain de l’arrivée d’une délégation du parti au pouvoir, les responsables du RPG à Gaoual se déchirent à cause de l’argent devant des militants médusés.
Dans cette ambiance de fin de règne, les responsables se donnent en spectacle, les uns s’attaquant aux autres pour defendre des intérêts égoïstes.
Le délégué national du RPG s’en prend aux  directeur général de la marine marchande Cellou GARAYA à  Kakoni, à cause duquel il a ordonné la délocalisation des réunions du parti pour l’école primaire.
A son tour, le secrétaire Federal Ibrahima TAKULA qui lorgne la mairie de Gaoual dégaine contre l’actuel locataire de la Commune. Puis, s’attaque au transfuge de l’UFDG Alpha Ousmane Monos qu’il taxe  d’espion au profit du parti qu’il a trahi.

Le maire Daouda Diallo n’est pas epargné. Il est dénoncé pour incompétence,  de détournement de l’argent de la commune en complicité avec le Prefet de Gaoual Souleymane SOW.
Les militants eux s’en prennent au secrétaire Federal Ibrahima TAKULA, accusé de ne pas distribuer l’argent accordé par le Président du RPG Alpha Condé à la fédération. Et d’être le seul utilisateur et bénéficiaire des biens de la fédérations de Gaoual. Il possède à lui seul deux pickups et une moto.
Du côté  de MALANTA, la section RPG a éconduit la délégation du RPG, accusée de mensonge et de fausses promesses. Pendant ce temps, des menaces sont proférées à l’encontre de la section RPG de Kounsitel.
Des dossiers sensibles liés à la corruption, et au détournement qui créent  des fractures entre différents clans.  Le tout sous le regard impuissant des rares responsables non impliqués dans cette pagaille généralisée, à se mettre en congé du parti pour certains. Parmi ces derniers, il y’en a qui envisagent des candidatures indépendantes lors des prochaines élections communales.
Une guerre fratricide sans merci qui annonce le déclin inévitable du parti d’Alpha Condé à Gaoual , avec le départ de son président historique du pouvoir en 2020.
En attendant, les responsables et militants de l´UFDG observent et battent  le rappel de ses troupes sous la houlette de la Fédération et de son dynamique député uninominal, Ousmane Gaoual Diallo.

Aïd El Kebir et crise économique en Guinée !

En Guinée, l’inflation a atteint cette année un niveau inédit depuis 10 ans ce qui fortement réduit le pouvoir d’achat de la population laborieuse pour la tabaski. Le mouton continu d’être un véritable casse-tête pour un bon nombre de pères de famille. Même si la viande a toujours été un luxe pour beaucoup de Guinéens où la pauvreté est endémique sous la gouvernance hasardeuse d’un Chef d’État stagiaire, beaucoup de ceux qui avaient acheté des bêtes les années passées ne peuvent pas le faire cette année. La dernière information disponible montre une inflation annuelle de plus de 34,2%, selon des chiffres officiels.

Comme si cette crise ne suffisait pas, les tarifs des denrées de grandes consommations et ceux des transports routiers urbains et inter urbains ont connu une hausse anarchique devant les autorités incompétentes et réduites à observer le phénomène et la souffrance de nos concitoyens.

Alors qu’un gouvernement responsable aurait pu en prélude à la fête de tabaski et dans le cadre de la lutte contre la vie chère, prendre des mesures pour supprimer les faux frais sur le convoyage des animaux même en subventionnant les transporteurs. Mais hélas ils ont d’autres préoccupations que la misère des populations.

Kenya : la Cour suprême annule l’élection présidentielle

Saisie par l’opposition, la justice a invalidé la victoire d’Uhuru Kenyatta en raison d’« irrégularités » lors de l’élection du 8 août. Un nouveau scrutin doit avoir lieu dans les 60 jours.

Coup de tonnerre à Nairobi. La Cour suprême du Kenya a annoncé vendredi 1er septembre l’invalidation de la victoire du président sortant Uhuru Kenyatta, réélu lors du scrutin du 8 août avec 52,27 % des voix contre son adversaire, l’opposant Raila Odinga, qui avait obtenu 44,27 % des suffrages. L’opposition a salué la « décision historique » de la Cour suprême.

Le président de la Cour suprême, David Maraga, a déclaré que les élections n’avaient « pas été conduites en accord avec la Constitution » et que « l’intégrité du scrutin avait été affectée ». Par conséquent, il a déclaré les résultats « invalides et nuls ». De son côté, Raila Odinga a dit ne plus avoir « confiance » dans la Commission électorale.

Un nouveau scrutin doit donc être organisé sous soixante jours. La décision n’a pas été consensuelle : celle-ci a été prise à la majorité et deux des sept juges de la Cour suprême ont annoncé publiquement leur opposition au verdict.

L’annonce a été accueillie par des cris de joie des partisans de Raila Odinga et de sa coalition, la Super Alliance Nationale (NASA), dans les rues de Nairobi. Depuis le 8 août, celui-ci dénonçait des fraudes massives, et, le 18 août, la NASA avait déposé un recours devant la Cour suprême pour contester les résultats.

De nombreuses voix s’étaient élevées pour demander à Raila Odinga de contester le résultat du scrutin devant les tribunaux, et non dans la rue, afin d’éviter une répétition des violences interethniques de 2007 consécutives à un autre vote présidentiel et qui avaient fait plus de 1 200 morts et 600 000 déplacés.

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